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Actualité à la Hune

Atlantic Rally for Cruisers 2017

Transhumance automnale

Deux semaines après que les 68 voiliers de l’ARC+ aient quitté Las Palmas pour Mindelo, le grand jour était aussi arrivé dimanche 19 novembre pour les 186 autres unités de l’ARC (Atlantic Rally for Cruisers) qui s’en vont, elles, directement vers Sainte-Lucie, avec 2 700 milles devant l’étrave et une dépression à négocier dès les premiers jours de la transat.
  • Publié le : 20/11/2017 - 15:30

TS 42 GuyaderDès la ligne passée, le TS 42 barré par Gwen Chapalain déboule sous spi asymétrique et passe, au vent et à plus de 11 nœuds, le Lagoon 42 Libélula.Photo @ Jean-Luc Gourmelen

Avant d’atteindre la ligne de départ, il faut d’abord sortir de la marina de Las Palmas, en ordre et en file indienne s’il vous plaît : 250 bateaux – en comptant ceux des spectateurs – de toutes tailles et de toutes sortes se dirigeant tous vers le trou de souris de la sortie, ça ne s’improvise pas. Dès 9 heures 30, une sorte de frénésie plus ou moins maîtrisée s’empare de tous les pontons, avec des gardes, des pointes et des pare-battage qui s’agitent dans tous les sens, libérant petit à petit les coques de leurs pannes. Alors que la fanfare «flonflonne» sur le quai, le monsieur Loyal local s’époumone au micro et salue les pavillons des quarante nationalités présentes hissés hauts, sous les yeux étonnés – et ravis – de la foule des supporters massés sur la jetée.

Temps de demoiselle

Une fois n’est pas coutume, pas de grain à l’horizon pour perturber le départ ni stresser les équipages, vu que l’alizé de saison n’est pas vraiment établi, la faute à une petite dépression située au Nord-Ouest des Canaries. Avec 8 à 10 nœuds d’Est-Nord-Est et peu de ressac, l’habituel départ sous spi pleine balle n’est donc pas de mise, et ceux qui disposent d’un gennaker ou d’un code zéro en profitent pour rester dans le jeu. À 12 heures 30, le premier départ concerne les multicoques, soit 28 catas et deux trimarans. Si le premier à passer la ligne est le Lagoon 42 Libélula, suivi du Seawind 1160 X86 et du trimaran Rapido, voici que le TS 42 Guyader skippé par Gwen Chapalain déboule à la bouée au reaching sous spi asymétrique et met tout le monde d’accord en se portant en tête. Le dernier routage effectué à bord le donne arrivant de l’autre côté en onze jours, ce qui tombe bien puisque plusieurs membres de l’équipage doivent rentrer en métropole fissa, et notamment pour retrouver le Nautic à la porte de Versailles. Mais Christian Guyader retournera aux Antilles au printemps afin de ramener ce TS 42 en solo, tout en effectuant ainsi sa qualification pour la Route du Rhum 2018.

Départ ARC 2017Bon départ pour ce Sun Odyssey 479 mené en double, dont le barreur de père n’a rien oublié de ses réflexes de Figariste alors que son fils tactique au top.Photo @ Jean-Luc Gourmelen

Le couteau entre les dents

Un quart d’heure après ce premier départ des multicoques, il faut se diriger vers l’autre côté du plan d’eau, entre le navire de la marine espagnole et la côte, pour suivre celui des IRC, 27 bateaux cette année. Le premier à couper la ligne est le X 41 Godspeed, suivi du Dufour 45 Scarlet Island Girl et du Swan 46 MK2 Milanto. Dans cette catégorie, le pavillon français a toutes ses chances, comme le Sly 54 Wabi, en tête des Racing A quelques heures à peine après le départ. Chez les Racing B, il y a Shah, un Pogo 36 équipé d’une bande de furieux, Optim’X, un X 40 qui a déjà plusieurs transats en course à son actif, Micoton 7, un Sun Odyssey 479 de Perros-Guirec qui court en double (père-fils), sans oublier le Grand Soleil 37 Blue Top. Tous ces coureurs vont a priori choisir de mettre du Nord dans leur Ouest afin de profiter de la pression supplémentaire apportée par le front dépressionnaire qui se creuse doucement dans les prochains jours, avant de pouvoir choquer les écoutes et envoyer les spis, en route quasi directe vers Sainte-Lucie.

Départ ARC 2017La clémence d’Eole a permis aux 129 croiseurs de s’élancer en douceur vers le Sud, avant de mettre cap à l’Ouest vers les cocotiers antillais de Rodney Bay.Photo @ Jean-Luc Gourmelen

Transhumance automnale

Et puis voici venue l’heure (13 heures) de la libération tant attendue pour les 129 croiseurs qui ont le droit d’utiliser leurs moteurs, à condition qu’ils déclarent, sur l’honneur, leur nombre d’heures. Petit temps aidant, pas ou peu de frotti-frotta sur la longue ligne de départ, malgré la diversité des bateaux et les différences d’expériences de leurs équipages. Ici, les ancres sont restées sur les daviers et de nombreuses annexes sont toujours suspendues sous leurs bossoirs, les filets à agrumes et les régimes de bananes vertes se dandinent en cadence, et quelques pare-battage n’ont pas encore trouvé le chemin du pic avant ou du balcon arrière. Peu de chances non plus que la majorité suive la route Nord, vu que les réservoirs de fuel sont remplis à ras bord et que l’intérêt de gagner deux ou trois jours sur une traversée d’environ trois semaines ne saute pas vraiment à leurs yeux d’impétrants du grand large. Ils sont là pour profiter des couchers de soleil flamboyants, des cabrioles des dauphins joueurs et des filets de daurade coryphène frais pêchés et dégustés en sushi à l’heure de l’apéro. Route au Sud, donc, «until the butter melts» (jusqu’à ce que le beurre fonde, ndlr), avant de mettre le clignotant à droite, dans un alizé qui s’annonce tranquille pour une transat «comme dans les livres» et longtemps rêvée… Pourquoi s’en priver ?