Actualité à la Hune

Etude de plan d'eau - Reprise

La rade de Brest (2) : Vents et brises

Voici le deuxième volet de l’étude du plan d’eau de la rade de Brest, qui s'appuie sur les travaux de Yann Amice et Alain Daoulas concernant les effets du relief et les brises thermiques. Terrain de jeu encerclé par les reliefs escarpés et dominé dans les terres par les Monts d’Arrée et les Montagnes Noires, la rade est aussi soumise à des effets de brises thermiques complexes…
  • Publié le : 12/05/2015 - 00:01

GPEN LanvéocAvec la pointe de l’Armorique en arrière-plan, les bascules de vent sont parfois plus délicates à appréhender sous spinnaker qu’au près.Photo @ GPEN-Jacques Vapillon

 

La situation géographique de la rade de Brest en fait presque une mer fermée avec en sus une grande variabilité de la hauteur d’eau due à la marée (voir notre premier article). Au regard du relief environnant, la première impression est l'omniprésence de l'océan. Au Nord, au Sud et à l'Ouest, c'est la mer qui occupe le champ visuel. En analysant le trait de côte, l'irrégularité se manifeste comme une récurrence. Pas un endroit où l'océan ne pénètre ou ne découpe le relief, et la rade de Brest signe un manifeste de cette ambivalence entre l'océan et la terre, marque de la rudesse de son combat.

 

Un relief omniprésent

L'appréhension de ces caractéristiques du relief est un préalable pour comprendre et soutenir la lecture des effets locaux. Ce relief a la particularité également de se jouer des phénomènes météorologiques que cela soit à petite échelle ou à grande échelle d'où l'importance de bien visualiser l'impact de son influence.

 

Le relief de la pointe Bretagne Cette cartographie établie pour le Service de la rade de Brest montre bien dans l’Est de la rade de Brest, la formation géologique des Monts d’Arrée avec la crête du Roc’h Ruz qui culmine à 385 mètres, tandis que dans l’axe de la presqu’île de Crozon, le Menez Hom forme une autre barrière (300 mètres) qui se prolonge par les Montagnes Noires entre Quimper et Carhaix. Presque toute la rade de Brest est entourée de reliefs d’au minimum 50 mètres d’altitude…Photo @ Service de la rade

 

En se portant sur une vue large du relief sur l'Ouest de la Bretagne, les Monts d'Arrée déterminent le trait caractéristique : ils occupent un vaste domaine sur la partie Est du Finistère et opposent un premier obstacle d'importance aux flux en provenance de l'océan.

Véritable arène nautique ceinturée de toute part par un relief omniprésent qui domine en tous points les contours, la rade de Brest est donc un plan d’eau enclavé. Mais deux éléments tranchent avec cette description qui marque le fil conducteur de cette visualisation du plan d'eau.

> La vallée de L'Elorn détermine un premier couloir au Nord-Est de la grande rade
> La vallée de L'Aulne constitue le point de fuite à l'Est de l'anse du Poulmic.

Yann Amice Yann Amice est Premier Maître Météo, détaché par la Marine Nationale auprès de la Fédération Française de Voile.Photo @ Dominic Bourgeois

Ces deux vallées sont séparées par la presqu'île de Plougastel qui culmine à 80 mètres pour les reliefs à proximité de la rade. Cette configuration amène de remarquables différences dans la distribution des flux en rade, d'où l'importance d'intégrer ces premiers éléments caractéristiques du relief.

Entre Plougastel et Le Faou, l'espace observé sous le relief est un point neutre dans le sens où la naissance des monts d'Arrée à l'Est isole un peu cette zone et permet à la baie de Daoulas de bénéficier d'un environnement plus favorable.


 

Une variation saisonnière

Vents d"Hiver à Brest Hiver à Brest : les données statistiques des mois de janvier, février, mars sur les treize dernières années, montrent que si les vents de secteur Sud-Sud Ouest et Sud Ouest sont toujours dominants, l’approche du printemps met en valeur les brises de Nord-Est qui deviennent aussi conséquentes.Photo @ Archives Windguru

 

Les statistiques météo enregistrées à la station de l’aéroport de Guipavas (à 10km au Nord-Est de Brest et à 99 mètres d’altitude) montrent sur une année, une grande prédominance des vents de secteur Sud-Sud-Ouest et Sud Ouest, ainsi que deux autres directions privilégiées, le Nord-Nord Ouest et le Nord-Est.

 

Vents de printemps à BrestPrintemps à Brest : au mois d’avril et mai, les vents de secteur Nord-Nord Ouest et Nord Est deviennent aussi importants que les brises de Sud-Sud Ouest, alors que l’effet s’inverse à l’approche de l’été. A noter que les vents d’Ouest à Nord-Ouest sont assez peu fréquents à l’aéroport, ce qui n’est pas le cas en rade de Brest !Photo @ Archive Windguru

 

Les brises de secteurs Est-Sud-Est et Sud-Est sont très rares. Mais ces données, si elles donnent une idée réaliste du vent synoptique sur la pointe de Bretagne ne peuvent refléter la réalité du plan d’eau de la rade de Brest soumise à des effets de relief importants et à des brises thermiques qui chamboulent les prévisions, particulièrement de mai à septembre quand les différences de températures entre l’eau de mer et l’air ambiant sont marquées.

 

Vents d"Été à Brest Été à Brest : juillet et août sont caractérisés par des vents dominants de secteur Sud-Ouest et Nord-Ouest avec en début d’été, une part non négligeable de brises d’Ouest. Mais les directions Nord Est sont très peu marquées, ce qui n’est plus le cas en fin d’été où la rose des vents s’étire du Sud Ouest au Nord Est. Photo @ Archives Windguru

 

La dominance du vent d’Ouest apporte à Brest un climat tempéré. Son empreinte sur la distribution des paramètres météorologiques ajoute ce supplément et n'apparait pas spécialement dans l'approche synthétique que nous délivre le rituel bulletin météorologique des médias. Réduire l'approche des subtilités climatiques de la rade de Brest à la seule lecture des valeurs de la station météo de Guipavas est à la fois incohérent et trompeur.

 

Vents d"Automne à Brest Automne à Brest : changement radical au mois d’octobre quand les dépressions atlantiques se succèdent avec plus de 15% de vents de secteur Sud-Sud Ouest alors que le Nord Est est réduit à 5% ! Novembre confirme cette tendance à concentre les brises aux secteurs Sud-Sud Ouest, Sud Ouest et Ouest-Sud Ouest qui représentent 35% des directions privilégiées. Décembre voit le retour d’une pointe de vents d’Est-Nord Est en relation avec l’installation de l’anticyclone polaire sur l’Europe.Photo @ Archives Windguru

 

Ainsi une caractéristique de ce plan d'eau se traduit par de faibles amplitudes thermiques tant la masse d'eau joue le rôle de « tampon ». La ville de Brest bénéficie ainsi à plein de l'influence de la rade. Cela limite à la fois les températures minimales (on observe rarement des épisodes de froid continus), mais amortit aussi la moindre envolée des températures.

Probabilités des vents à Lanvéoc (mois de mai) Les données relevés à l’École Navale au mois de mai montrent que les vents de Nord-Est sont prédominants, en relation avec l’installation de l’anticyclone de Açores sur l’Europe. Les brises de Sud-Est sont rares et souvent liées à un effet thermique passager. Photo @ Yann Amice

La permanence d’un taux d'humidité conséquent apporte une inertie supplémentaire aux variations observables sur de nombreuses autres régions en France. L'hiver, elle limite le refroidissement par la terre des basses couches de l'atmosphère et à l'inverse l'été, cet écran thermique joue à nouveau son rôle de tampon.







Les vents de Nord

Puisqu’ils passent par dessus les reliefs, les vents de Nord sont très perturbés et sont canalisés par les différentes vallées de la rade, puis orientés par la pointe de l’Armorique et les presqu’îles de Quélern et de l’île Longue.

 

Vents de Nord en rade de Brest Passant sur les reliefs de Lannilis et Ploudalmézeau (104 m), perturbés par les immeubles de Brest, les vents de Nord dévalent en rade par la vallée de la Penfeld, sont déviés par la pointe de l’Armorique et tamponnent sur la presqu’île de Crozon.Photo @ Yann Amice

 

Entre le port de commerce et l’île Ronde, la pointe de l’Armorique crée une forte accélération du flux le long du banc du Corbeau avec une déviation vers la droite (Nord-Nord Est). En revanche du côté de la rade abri, le vent va sortir par l’axe de la Penfeld avec une légère giration à gauche (Nord-Nord Ouest). Ce sont donc des vents très instables, très irréguliers avec des risées parfois jusqu’à dix nœuds supérieurs au vent moyen et des bascules pouvant atteindre 40°, particulièrement sous le port de commerce.

Cette tendance droite se confirme dans la baie de Roscanvel et l’anse du Fret car le flux est dévié par la presqu’île de Quévern et l’île Longue, mais avec un effet « tampon » en s’approchant du relief.

De même devant l’École Navale et dans l’estuaire de l’Aulne, l’anse de l’Auberlac’h et la baie de Daoulas donnent une composante Nord-Nord Est au vent synoptique de Nord avec des risées et de fortes bascules. L’anse du Poulmic est aussi soumise à l’effet « tampon », particulièrement entre la pointe de Lanvéoc et Pen-ar-Vir où, dans son Est, ce relief crée une accélération devant la base aéronavale avec une orientation Nord-Nord Ouest.

 

Vents de Nord-Est

 

Comme l’indiquent les roses des vents, le quadrant Nord-Est représente 35% des vents du mois de mai et encore près de 25% en juin.

Ce flux est souvent lié à l’influence de l’anticyclone des Açores qui se prolonge vers la Manche par une dorsale anticyclonique, ou lorsqu’un anticyclone s’est installé sur les îles Britanniques. Il se caractérise souvent par une visibilité moyenne, voire médiocre, le matin. Le brouillard qui se forme à l’aube sur la terre en liaison avec le refroidissement nocturne des températures, est souvent poussé sur l’eau par le vent de Nord-Est.

Si le vent est un peu plus fort, ce régime s’accompagne parfois du passage de nuages bas, de type stratus et/ou stratocumulus. Généralement pour trouver un peu de dynamisme à ce vent, il faut attendre la fin de matinée pour que le réchauffement de l'air permette un brassage plus conséquent dans les basses couches de l'atmosphère.

Ce brassage permet de gommer l'influence du refroidissement nocturne toujours prégnant au printemps.

 

Vents de Nord Est en rade de Brest Le régime de Nord-Est est moins perturbé car il est canalisé par la rivière de l’Elorn et la baie de Daoulas : il s’échappe par le Goulet au Nord, et de chaque côté de l’île Longue au Sud.Photo @ Yann Amice

 

La situation est assez simple entre le Moulin-Blanc et la rade abri, avec un vent qui tourne à gauche en suivant les contours de la presqu’île de Plougastel : Nord Est dans l’axe de l’Elorn et du pont de l’Iroise, il s’oriente Nord-Nord Est vers la pointe de l’Armorique. Le relief étant très marqué à mesure que l'on progresse vers le pont, il laisse peu d'alternative à l'effet de canalisation. Vers le Goulet, l’effet canalisation est net avec une rotation à droite, dans l’axe à l’Est-Nord Est, puis une dispersion en éventail derrière la presqu’île de Quélern avec de grosses molles dans la baie de Camaret.

Plus au Sud sur l’axe Pen-ar-Vir/pointe de Rozégat, le vent de Nord Est s’oriente légèrement à droite (Est-Nord Est). Mais il prend de la gauche en s’engouffrant dans l’anse de l’Auberlac’h. Un côté gauche intéressant pour les régatiers au moment du flot pour redescendre sous spinnaker en profitant des contre-courants et de la protection de la pointe de l’Armorique.

 

M-34 en rade de BrestAvec les vents de Sud Ouest, les grains rendent le plan d’eau assez délicat à négocier au Nord de l’île Longue où les effets de canalisation sont conséquents.Photo @ GPEN-Pascal Alemany

 

Enfin dans l’anse du Poulmic, le vent de Nord Est bute sur le relief de l’École Navale, générant des molles à terre associées à une forte zone de ressac due à la réfraction des vagues sur les brise-lames du port.

D’une manière générale, le flux accélère dans l’axe de la baie de Daoulas, sur la partie gauche du plan d’eau. Un effet déviant encore plus notable se constate au niveau de la pointe de Pen-ar-Vir, où le vent tourne légèrement à droite (Nord-Nord Est) en accélérant.

La sortie de l’Aulne au niveau du banc du Capelan est réputée pour son fort clapot en cas de vent contre courant. C’est aussi la zone ou l’on ressent les plus fortes rafales. A partir de la traversée de l’Hôpital-Camfrout (Landévennec), le régime de Nord Est devient instable au niveau de la pointe de Hanvec et se stabilise de nouveau dans le Nord du sillon des Anglais.

 

Vents d’Est

 

C’est le régime le plus perturbé de la rade de Brest, car non seulement le vent synoptique est déjà canalisé par les reliefs des Monts d’Arrée et des Montagnes Noires, mais en sus, il s’engouffre par les deux axes principaux que sont les rivières de l’Elorn et de l’Aulne où il lève un méchant clapot.

Le vent d’Est est rare sur le rond C1 à cause des reliefs de la presqu’île de Plougastel. Il a tendance à s’orienter Nord Est dans l’axe de l’Elorn sur la partie Sud de la rade à proximité de Plougastel. Cette observation matérialise l'effet de canalisation de l'Elorn alors que sous la pointe de l'Armorique, ce flux tend à prendre une composante Sud-Est avec l'effet de  pointe.

 

Vents d’Est en rade de Brest Lors du flot, le vent d’Est crée un clapot très dur en rade de Brest et il faut parfois privilégier les zones de mer plus calmes sur les bancs que les effets de pointe car ce régime est très instable en force et en direction.Photo @ Yann Amice

 

Par vent d’Est outre les rafales devant Pen-ar-Vir, l’accélération est concomitante de la bascule à l’Est-Sud Est vers l’île Ronde et la pointe de l’Armorique, ainsi que le renforcement du vent sous la presqu’île de Plougastel. La mer du vent est nettement plus marquée dans l’axe du chenal. Lorsque le vent et le courant sont opposés, le clapot est fort, voire très fort. Dans ce secteur de vent, l’option gauche en régate est souvent payante .

Le vent d’Est dans l’axe de l’Aulne, lève un très gros clapot. Le vent faiblit près de l’École Navale et accélère fortement à la pointe de Pen-ar-Vir. Il devient très irrégulier au niveau de la pointe de Rozégat (sortie de l’anse de l’Auberlac’h).

La conjonction des faibles fonds marins associés à un violent phénomène de réfraction dû aux brise-lames de Poulmic, rend les navigations délicates par vent fort. Le vent d’Est peu aussi générer en cas de courants contraires, une mer « casse- bateaux » : c’est par ces vents que l’on note en rade de Brest le plus grand nombre de ruptures de mouillage.

 

Vents de Sud-Est et de Sud

Vents de Sud Est en rade de Brest Les vents de Sud-Est sont rares, et offrent une mer plate ou peu agitée dans la partie Sud de la rade, agitée dans la partie Nord en croisant les flots ou les jusants. Il souffle souvent en rafales.Photo @ Yann Amice

 

Peu fréquents tout au long de l’année, les vents de Sud Est pénètrent la rade de Brest par la pointe de l'Armorique et se trouvent assez désorientés aux abords de la ville : composante Sud-Sud Ouest vers la zone portuaire, et carrément Est-Sud Est sur Océanopolis, pourtant tout proche !

Ce flux souffle par grosses «bouffées» en provenance de la presqu’île de Plougastel. Généralement, ces vents de Sud Est sont associés à de l'air plus chaud et plus instable. Il entre par risées successives sans véritable dynamique d'ensemble.

Faibles vers l’École Navale et plus marquées sous le bois du Poulmic, à moins d’un demi nautique de la côte, les vents de Sud Est sont très irréguliers en force et en direction dans cette zone. Ils se renforcent nettement vers la pointe de Pen-ar-Vir, puis se stabilisent à nouveau après ce relief vers l’axe du Goulet.

Vents de Sud en rade de Brest Le plan d’eau de l’École Navale est très compliqué avec ce régime de Sud car le vent descend des reliefs de la presqu’île de Crozon (plus de 70 m) avant de tamponner sur la presqu’île de Plougastel. Photo @ Yann Amice

Par vent de Sud, la pression et l’angle sont plus favorables le long de la presqu’île de Plougastel. La baie de Roscanvel est aussi une véritable «turbine à vent». L’anse du Fret et le couloir entre l’île Longue et la pointe de l’Armorique canalise le vent avec un fort effet Venturi. La pression est donc plus importante sur la partie gauche du plan d’eau. Et l’effet de pointe de Pen-ar-Vir s’avère intéressant pour le rond A (accélération sur la droite du plan d’eau) alors qu’il se crée une molle sous les reliefs entre cette pointe et Lanvéoc pour le rond B.

 

 

Vents de Sud-Ouest

 

En été, les stratus persistent au large au-dessus de l’eau froide, tandis que se développent sur la côte de belles éclaircies dès le milieu de matinée et jusqu’au coucher du soleil, où les stratus reviennent. Le vent de Sud Ouest est fortement perturbé par la presqu’île de Crozon-Morgat. Dans cette zone, il est très oscillant.

 

Vents de Sud Ouest en rade de Brest Le vent de Sud Ouest est dominant en toutes saisons. Il est souvent marqué par de fréquents passages de dépressions venant de l’Atlantique. Il peut aussi être lié à la présence d’une dorsale sur le golfe de Gascogne. En régime perturbé, la couverture nuageuse est stratiforme.Photo @ Yann Amice

 

Il faut identifier les deux ou trois vallées par lesquelles le vent tombe de la presqu’île. L’une d’elles se trouve derrière la tour de l’École Navale. Dans la baie du Poulmic, le vent descend par bouffée et s’évacue par la gauche. Il est mieux établi en s’approchant de l’estuaire de l’Aulne. La pointe de Pen-ar-Vir offre un petit surcroît de pression, avec un petit effet de rotation vers la droite.

Entre Lanvéoc et la presqu’île de Plougastel, le vent de Sud-Ouest est plus faible au Sud de la zone. Il souffle alors en rafales. La pression est plus importante au milieu du plan d’eau. On constate une rotation vers la gauche du vent du côté de l’île Ronde (Sud-Sud-Ouest) et la très forte accélération du vent de part et d’autre de l’île Longue. La mer reste assez plate, même par vent fort.

Sur la partie Nord de la rade de Brest, le flux de Sud-Ouest suit l’axe privilégié du Goulet puis de la rivière de l’Elorn, mais un dévent important est situé sous la pointe des Espagnols et en abordant le virage du Moulin-Blanc.

 

Vents d’Ouest

Vents d’Ouest en rade de Brest Le vent d’Ouest en tant que tel n"existe pas dans la rade de Brest puisque l"axe du Goulet lui impose une circulation Ouest-Sud Ouest. Il s’engouffre en direction de l’Elorn en s’orientant Sud Ouest. En descendant vers l’île Ronde, il a tendance à revenir à l’Ouest, voire parfois au-delà. Photo @ Yann Amice

 

La barrière de la presqu’île de Quélern et l’axe du Goulet de Brest sont les paramètres majeurs de ce régime d’Ouest. En fait, ce type de vent est fortement dévié à l’Ouest-Sud Ouest dans toute la partie Nord de la rade en suivant les contours du port de commerce et de la rivière de l’Elorn. Au Sud de la pointe de l’Armorique, le flux se reconstruit pour accélérer au secteur Ouest dans la rivière de l’Aulne.

Sous la pointe des Espagnols et sous le vent de l’île Longue, les dévents sont conséquents avec un effet de site à la pointe de Lanvéoc où le flux prend une composante Ouest-Sud Ouest avec accélération par effet Venturi.

Devant l’École Navale, le vent d’Ouest tourne à gauche en baie de Poulmic avec un fort effet Venturi dans la zone de Pen-ar-Vir. Les rafales sont omniprésentes dans l’anse du Poulmic et prennent des aspects tourbillonnants. A partir de la ligne de séparation de courant bien visible dans l’Est de Pen-ar-Vir, le vent d’Ouest se stabilise en reprenant un peu de droite. Il se renforce dans l’axe du chenal et diminue à nouveau en baie de Daoulas en reprenant de la gauche.

 

Vents de Nord-Ouest

Vents de Nord Ouest en rade de Brest Le vent de Nord Ouest résulte soit d’un anticyclone haut perché sur l’Atlantique Nord, soit de l’arrière d’une dépression après le passage du front, une fois le centre dépressionnaire en mer du Nord. C’est le ciel de traîne par excellence, un régime de temps instable où nuages et éclaircies se succèdent. Et où les grains sont parfois violents.Photo @ Yann Amice

 

Les vents de Nord-Ouest sont les plus fréquent sur la pointe de la Bretagne. En été par faible gradient, ce régime correspond aussi au secteur de brise thermique de l’après-midi en rade Sud, en Iroise et en baie de Douarnenez. La pression diminue au fond de l’anse du Poulmic, vers l’École Navale. Elle est plus présente au milieu de l’anse, et encore plus sur la droite du plan d’eau.

Vent instable par nature, le vent de Nord-Ouest circule en plus sur une vaste zone urbaine avant de descendre sur la rade de Brest. Ce vent très irrégulier se matérialise plus facilement quand le refroidissement nocturne ne joue plus sur la structure verticale du vent. Quand il pénètre sur la rade de Brest, il emprunte l'ensemble des couloirs qui se dessinent sur le Nord de la rade, et la veine principale passe par la vallée de la Penfeld qui tend à lui donner une tendance droite (Nord-Nord Ouest).

Perturbé au niveau de l’Île Ronde, le vent de Nord-Ouest reprend son rythme au milieu du chenal de l’Aulne en s’orientant un peu à gauche. Il devient instable vers Pen-ar-Vir en prenant franchement de la droite sur 300 mètres, la pointe de Pen-ar-Vir engendrant ensuite une forte accélération du vent avec rotation sur la gauche (Ouest-Nord-Ouest) dans l’anse du Poulmic.

 

J-80 à LanvéocLes J-80 vont devoir composer avec un plan d’eau complexe devant l’École Navale car les reliefs environnants et les marées obligent à changer de stratégie au fil des manches.Photo @ GPEN-Pierrick Contin

 

Effets de brise thermique

 

Complexité et richesse qualifient un phénomène qui trouble souvent un synoptique poussif ou peu suffisant pour couvrir toute la rade de Brest de son influence. Complexe, car la rade est étendue et chaque portion va induire son propre système de brise dans un premier temps.

En deuxième phase, un jeu trouble où se dispute des influences sur le plan local mais dont l'issue appartient à l'échelle du massif armoricain. Et pour finir, un classique du genre où se mêlent contrainte du relief et circulation thermique à l'échelle régionale.

La brise thermique en rade de Brest est donc un processus d'une grande richesse avec bien peu d'équivalent sur nos côtes. Pour faciliter la compréhension de ce phénomène, une déclinaison en cinq phases illustre les différents stades de la brise. Il est difficile de donner une lecture temporelle mais les lignes du processus sont définies et les maîtriser est un avantage certain pour la connaissance du plan d'eau.

Brise thermique en rade de Brest : stade 1Brise thermique en rade de Brest : stade 1Photo @ Yann Amice

Au stade 1, en fin de nuit et début du jour, deux cas peuvent se présenter :
* un vent synoptique faible, et dans ce cas, on observe ici et là, des résidus de brise nocturne avec des couloirs préférentiels
* un vent synoptique plus marqué, avec alors des contraintes dues au relief auxquelles s'ajoute le refroidissement nocturne qui tend à limiter l’influence de la brise

En exemple : un synoptique faible d'Est ou de Sud-Est pour étudier ce stade 1 :
On observe quelques branches résiduelles de brise nocturne avec des couloirs préférentiels comme l'Elorn (2) ou l'Aulne (1). Parfois, on constate des circulations de moindre importance au niveau de la Penfeld ou encore de la vallée de Sainte-Anne.

Dans tous les cas, le refroidissement nocturne qui intervient sur le relief et qui ceinture la rade, pénalise ces petites circulations. C'est encore plus flagrant au niveau de l'anse du Poulmic où l'on perd entre 2° et 3°C par rapport au Nord de la rade.

Au stade 2, le réchauffement commence à produire ces premiers effets et apparaît ici et là, les premières circulations de brise locale. Sur la rade (1), une première circulation de brise tend à se manifester : celle qui s'appuie sur le centre urbain de Brest avec une branche au Sud-Sud Est faible. Le flux s’oriente en direction du Sud-Sud Ouest vers le Polder. Dans le Goulet, l'appel d'air amène une circulation dans l'axe du chenal sans véritable dynamique.

Brise thermique en rade de Brest : stade 2Brise thermique en rade de Brest : stade 2Photo @ Yann Amice

Sur la presqu'île de Crozon, le réchauffement est plus rapide pour la côte exposée au Sud qu'au Nord : la première circulation de brise à se mettre en place s'effectue à proximité de la plage des Abers (Morgat) avec une orientation au Sud Ouest. Puis intervient sur le Nord une circulation qui tend au Nord-Nord Est faible dans l'anse du Poulmic.

Cette convergence peut se matérialiser sur la presqu'île de Crozon si la masse d'air est assez humide, par des cumulus (2) à terre ou même une ligne de nuages : ils marquent alors la limite d'influence des deux flux. Le même phénomène peut s’observer sur l'aéroport de Lanvéoc avec deux vents opposés. En s'écartant de la rade, la brise prend une composante Ouest sur la presqu'île de Camaret ainsi que sur le Conquet à la sortie du Goulet.

En marge de ce système local, sur la côte nord du Finistère, le flux prend une composante Nord à Nord Est un peu plus tard en fin de matinée. Certes c'est loin de la rade de Brest, mais c'est ce processus qui va dénouer le final de ce cycle thermique !

Au stade 3, en milieu de journée ou fin de matinée pour les situations les plus favorables, les différentes «boucles» de brise tendent à se renforcer et pénètrent un peu plus à terre en profondeur. Une hiérarchisation tend alors à se mettre en place, avec dans la grande rade, une brise de Sud Ouest qui se maintient tandis qu’au Sud de la grande rade, une tendance Nord Ouest s’observe en appui sur Lanvéoc.

Brise thermique en rade de Brest : stade 3Brise thermique en rade de Brest : stade 3 Photo @ Yann Amice

On observe donc deux flux divergents (1) avec, entre les deux dans le milieu de la rade, une zone de transition avec du vent faible et erratique. Sur la presqu'île de Crozon (2) au niveau de Lanvéoc, la branche de Nord Ouest s'impose et se renforce au détriment de la petite branche au Sud Ouest qui apparaissait en fin de matinée.

Au-delà de la rade de Brest, le vent sur la côte Nord du Finistère pénètre un peu plus dans les terres en prenant de la droite (Nord-Est). Tandis qu'à l'Ouest du Finistère, la brise d'Ouest se maintient. Cette convergence des deux flux se matérialise parfois par des cumulus à l'Est de Saint-Renan, phénomène que l'on peut observer d'autant plus facilement aujourd'hui que les éoliennes se mettent dans l'axe du vent.

Étonnant, mais pas surprenant au travers de ce phénomène de brise. D'ailleurs les nuages peuvent aussi matérialiser cette zone de confrontation avec des cumulus qui se développent au fur et à mesure de l'évolution diurne.

Brise thermique en rade de Brest : stade 4Brise thermique en rade de Brest : stade 4Photo @ Yann Amice

Au stade 4, en fin d’après-midi, le terrain de jeu commence à s'éclaircir et les brises, jusqu'ici au delà du périmètre de la rade, commencent à entrer en action. Le front de brise de la côte Nord approche de Brest et finit par couper l'alimentation de la branche au Sud Ouest observée jusqu'ici en rade (1). La brise de Sud-Ouest tend donc à s'estomper sur le Nord de la rade tandis que subsiste ici et là quelques résidus, par exemple le long de la pointe des Espagnols. Le calme tend à gagner le Nord de la rade. Le processus étant engagé, c'est cette molle qui finit par l'emporter…

Plus au Sud sur Lanvéoc, c'est une toute autre dynamique, puisque le vent de Nord Ouest à Ouest se maintient (2) et le front de brise en appui progresse encore un peu plus vers les monts d'Arrée. Une seule dynamique finit par s'imposer en liaison avec le relief. Il arrive en général que les derniers cumulus à l'Est de Lanvéoc finissent par quitter le champ de vision.

Au stade 5, processus final du cycle, le front de brise de la côte Nord finit par s'engouffrer sur la rade de Brest et le vent retrouve alors de son intensité en s'engageant dans les couloirs du relief qui traverse Brest du Nord au Sud. Le vent de Nord à Nord Est (1) emprunte ainsi l'axe de la Penfeld et se généralise à l'ensemble de la rade. En arrivant sur Lanvéoc (2), la transition s'effectue rapidement entre Nord Ouest et Nord-Nord Est. Le flux finit par se caler également dans l'axe de l'Elorn.

Brise thermique en rade de Brest : stade 5Brise thermique en rade de Brest : stade 5Photo @ Yann Amice

La presqu'île de Lanvéoc matérialise ainsi la limite de cette extension de la « boucle » de brise. Certes on peut observer des débordements de flux sur la plage des Abers ou sur celle de Gouline (côté Morgat) mais en règle générale quand on regarde en baie de Douarnenez (3), le flux conserve sa dynamique de Nord Ouest. Cette circulation traduit la finalité du processus de brise car au delà, le système thermique lié à l'évolution diurne ne fonctionne plus.

Les tacticiens – ou les navigateurs en croisière- ont donc du pain sur la planche pour optimiser leurs trajectoires puisque la rade de Brest propose des stratégies très différentes selon les ronds, mais aussi selon les heures en raison des marées et des effets de brise thermique. Définir les moments des renverses de courant, appréhender la couverture nuageuse pour anticiper la brise thermique, cartographier les axes privilégiés en fonction de la direction du vent permettent de mieux se préserver des nombreux pièges de la rade de Brest…

 

Alain Daoulas Alain Daoulas est Lieutenant de Vaisseau, officier chargé de la voile sportive et maître-voilier à l’École Navale de Lanvéoc-Poulmic.Photo @ Dominic Bourgeois

Nota : Cet article s’appuie essentiellement sur les données collectées par Yann Amice et Alain Daoulas.